... Le grain de folie de Salomé ...

 

On ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux. (Saint Exupéry)

Dimanche 25 juillet 2010 7 25 /07 /Juil /2010 08:33

Je suis tombée (un peu) par hasard sur ce billet .

 

Ça m’a remis en mémoire quelques anecdotes familiales que je m’en vais conter ici.

 

Ma mère, née en 1915, portait les magnifiques prénoms de France Victoire Marie. Il faut dire, à sa décharge, que non contente d’être née cette année là, elle avait des parents issus de familles alsaciennes et lorraines qui, après le Traité de Francfort de 1871, avaient choisi de quitter leurs régions d’origine pour conserver la nationalité française. D’après la chronique familiale, il paraît que son père (que je n'ai pas connu) était d’ailleurs affligé d’un tel accent alsacien que, quand il alla déclarer la naissance d’une de ses filles, Jeanine, à l’état civil, l’employée de mairie avait inscrit « Chanine » sur le registre. Déjà, ça situe…

 

Lorsque ma mère était bébé, en pleine première guerre mondiale dans une commune proche de la frontière allemande, sa mère – ma grand-mère donc – avait l’habitude de la confier à la garde de sa fille aînée (ma tante Suzanne, une « sâprée zaubette » d’environ 8 ans) quand elle s’absentait de courts moments pour aller faire une course chez le commerçant du coin, pendant que son mari respirait du gaz moutarde dans les tranchées. Mais, à l’époque, aller remplir un « brochon » de lait ou chercher une miche de pain vous exposait à rencontrer une aimable voisine avec qui vous échangiez les récentes nouvelles du front ou les derniers potins du village. C’est ainsi qu’une fois, ma grand-mère, s’attardant un peu à « cacatter » dans la rue à quelques mètres de chez elle, eut la surprise d’entendre « la » Suzanne, penchée à la fenêtre, lui crier : « Mamaaannn, viens vite ! « La » France a chié dans ses drapeaux ! »

 

 

La Suzanne (à gauche) et la France

 

Ça doit être pour ça que, des années plus tard, j’ai vu ma digne mère, devant sa télé, bondir de son fauteuil et répondre agressivement (en se frappant la poitrine) à un président de la République (de droite) pour lequel elle n’avait pas voté et qui, dans son discours, avait eu la mauvaise inspiration(1) d’employer le mot France : « La France ? La France ! Moi j’te dis, la France, elle t’emmerde ! »

 

Liberté, liberté chérie…

 

 

La France sérieuse (avril 1980)

 

 

 

 

(1) Bien sûr que j'utilise ce terme à dessein ! 

 

Par Salomé - Publié dans : bloguiblogua
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