Face à un danger aigu et imminent, COB et moi avons en général la même attitude : une prompte et prudente retraite. C’est pourquoi, dès que l’un d’entre nous aperçoit de loin la silhouette du gardien de l’immeuble, il s’écrie : Alerte ! Aux abris ! Courage, fuyons !...
Je sais, nous sommes très lâches… Mais, nous avons nos raisons : ce brave homme n’est pas seulement d’une curiosité quasi maladive teintée d’un soupçon de médisance et arrosée d’une larme de moralisme, il est aussi… bavard comme une pie. Avant de le connaître, je n’avais jamais rencontré quelqu’un qui soit aussi parfaitement adapté à son métier. Il voit tout, il sait tout, il connaît tout le monde, il tente de s’approprier tous vos petits secrets. Il garde un œil sur les allées et venues de chacun, le nombre et la qualité des visites reçues, surveille l’état des parties communes (et des parties privées dès qu’il en a l’occasion), vérifie si les véhicules sont bien garés (vient vous prévenir si vous avez laissé vos phares allumés, ça lui donne l’occasion d’une petite causette), note les dates de vacances de tout le monde et fouille les poubelles (Attention, pas seulement les conteneurs. Il ouvre les sacs aussi… Et s’il peut récupérer quelque chose, il le revend à la prochaine brocante). Puis dès qu’il peut trouver une victime innocente, il lui raconte ses découvertes et essaie de lui en extorquer d’autres pour renouveler l’opération avec une troisième. Dans une vie antérieure, il a dû être Grand Inquisiteur (NB : Penser à brûler le manuscrit de ce billet et non à le jeter inconsidérément dans ma poubelle si facilement identifiable à l’aide d’un quelconque courrier portant mon nom). En outre, il est assez peu satisfait de voir ses exceptionnelles aptitudes à son métier aussi peu reconnues, surtout en espèces sonnantes et trébuchantes. Ajoutez à cela quelques petites tendances au racisme, machisme, sexisme, sectarisme anti-jeune, anti-vieux anti-âge moyen, anti-étranger, anti-quitté (il est divorcé) et à l’homophobie et vous comprendrez aisément que mon grand fils et moi tentons (avec plus ou moins de bonheur) à éviter toute conversation qui ne se limite pas à : « Bonjour, bonsoir ? » Si vous enchaînez sur un « ça va… », c’est parti pour une à deux heures au bas mot.
Hélas, ce n’est pas toujours possible de l’éviter…
Par exemple, hier soir, après avoir pénétré dans le parking souterrain, l’ayant aperçu, nous sortions rapidement de la voiture, COB, GST et moi, accompagnés de Belle (*) qui ignorait tout des grandes qualités de l’ostrogoth. Il nous a piégés !
Car voilà l’ostrogoth en question qui accourt vers nous, un carton dans les bras en s’exclamant : « Devinez ce que j’ai trouvé ce matin dans les poubelles ! »
Forcément, c’est humain, un mauvais réflexe, j’ai plongé le regard dans le carton. Belle aussi… Et le gardien d’ajouter : « Si je ne trouve pas quelqu’un qui les prenne, je les lâche dehors, parce que moi (mine horrifiée) je ne peux pas les garder… » J’avoue, j’ai hésité. Mais, voyant le visage de Belle qui fondait d’émotion, songeant au nombre impressionnant de chats épargnés par le Maréchal lors de sa visite, et bien, j’ai craqué : Je vous présente Choupa :
et Choups :
qui ont droit depuis aujourd’hui à un luxueux triplex trônant au milieu de mon salon.
De quoi réjouir Anténor : je vais être contrainte d’interdire mon appartement à Pistache, le chat de ma voisine… Le plus beau, c’est qu’hier soir, le concierge, prétextant m’apporter de quoi nourrir les bestioles jusqu’à aujourd’hui, est resté scotché à mon paillasson jusque 19 heures 30… J’ai appris que, depuis le pallier, on entend tout ce qui se dit dans les entrées des appartements (Je réfléchis d’ors et déjà à ce que je vais brailler la prochaine fois qu’il est dans les parages…). J’ai appris que bon nombre de cumulus tombent en panne et que le concierge au grand cœur se charge de trouver aux malheureuses locataires (jeunes femmes) un appartement ami où elles peuvent aller se doucher pendant les trois semaines nécessaires au rétablissement de leur eau chaude. J’ai appris que je ne dois nourrir les oiseaux du voisinage sous aucun prétexte pour prévenir la grippe aviaire, que l’employé du recensement était tellement inefficace qu’il a mis cinq semaines à rencontrer tous les locataires, que mon indispensable concierge change 150 ampoules usagées par an (Oui, Maréchal, il a remplacé celle qui vous avait explosé à la figure…), qu’il ne va jamais au Mac Do plus d’une fois par semaine, que l’un des locataires se nourrit exclusivement de pizzas et remplit un conteneur à lui seul avec les emballages, bref, tout un tas de nouvelles de la plus haute importance… (Ce mec là saura quand je serai ménopausée avant même mon médecin…) Et bien sûr, qu’il va mener une enquête discrète mais approfondie afin de découvrir qui a bien pu abandonner deux sales bêtes adorables souriceaux au fond d’une de ses bennes à ordures (d’ailleurs, il a déjà des soupçons sur un jeune couple, je serais d’eux, je me tiendrais à carreaux). Ce type est incroyable. Une caricature. Je vous jure que je n’exagère pas, je ne fais pas de parano, tout est vrai. C’est lui qui le dit ! (**) J’en passe, même…Et bien malgré ça, je n’arrive pas à lui en vouloir complètement. Après tout, bien que fouille merde, il est accessible, dans une certaine mesure, à la pitié puisqu’il a passé sa journée à caser deux souris au lieu de les condamner à mort. Il a même eu ces mots désarmants : « Si jamais vous n’en voulez plus, ne les mettez pas à la poubelle… »
(*) Belle est la dulcinée de COB. Elle a opté pour notre sweet home comme lieu de grasse matinée villégiature pour une semaine de vacances… Caractéristiques permanentes : Fleur bleue au cœur tendre. Se dit bordélique, mais le cache bien. Caractéristique provisoire : Tousse à fendre l’âme, pourvu qu’elle n’ait pas croisé un canard sauvage !
(**) Il y a même un moment où je me suis demandé s’il se rend bien compte de ce qu’il raconte. C’est le jour où, cédant à ses questions, je lui ai révélé que je travaillais au service contentieux de la CAF et que je m’occupais, entre autres, de déposer plainte contre les fraudeurs. Il m’a répondu : « Ah ? Eh ben moi, j’ai fraudé pendant deux ans. J’avais le RMI et je travaillais au black… Le RMI, ça me payait mes sorties »
PS : Quelqu’un connaît il un moyen infaillible de distinguer au premier coup d’œil une souris mâle d’une souris femelle ? Je n’ai quand même pas l’intention de monter un élevage…
Cette satané Choupa n'est pas capable de rester un dixième de seconde sans bouger...
...alors que Choups est beaucoup plus zen...
...il n'y a qu'au petit coin qu'on peut la coincer...
...ce doit être une question de timidité.
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